Qu’est-ce qu’un Templier ?

Former l’homme avant le chevalier

Frères et Sœurs du Temple,

Avant de parler de chevalerie, de croix, d’épée ou de tradition, il est nécessaire de répondre à une question fondamentale :

Qu’est-ce qu’un Templier ?

Cette interrogation paraît simple, mais elle contient toute la profondeur de la voie templière. Beaucoup imaginent le Templier comme un guerrier du Moyen Âge, un croisé portant le manteau blanc frappé de la croix rouge. D’autres y voient un gardien de secrets, un initié ou un défenseur de la foi.

Pourtant, le véritable Templier ne se définit ni par son vêtement, ni par son titre, ni même par son appartenance à un Ordre.

Le Templier est avant tout un homme ou une femme engagé dans une transformation intérieure. Il est un chercheur de vérité qui s’efforce de faire régner en lui-même l’ordre, la justice, la paix et la lumière avant de prétendre les faire rayonner autour de lui.

L’histoire nous enseigne que les premiers Templiers ne furent pas seulement des combattants. Ils furent des hommes ayant choisi une voie exigeante, faite de discipline, de service et de fidélité. Ils unirent en une seule vocation la contemplation du moine et le courage du chevalier. Là résidait leur originalité : ils étaient à la fois hommes d’action et hommes de prière.

Lorsque Hugues de Payns et ses compagnons fondèrent l’Ordre du Temple au XIIe siècle, leur mission première était de protéger les pèlerins se rendant en Terre Sainte. Mais derrière cette mission visible se cachait déjà une autre réalité : la recherche d’une fidélité totale à une règle de vie fondée sur l’honneur, le sacrifice et le service.

Saint Bernard de Clairvaux, qui donna à l’Ordre sa règle et son impulsion spirituelle, voyait dans cette nouvelle chevalerie une voie de perfection. Le Templier n’était plus simplement un guerrier combattant pour sa gloire personnelle ; il devenait un serviteur d’un idéal supérieur. Son combat extérieur n’avait de valeur que s’il reflétait une victoire intérieure sur ses propres faiblesses.

Cette leçon demeure valable aujourd’hui.

Le monde moderne n’est plus celui des croisades. Les batailles ont changé. Les ennemis ne sont plus ceux des champs de bataille médiévaux. Pourtant, les défis demeurent.

Le Templier contemporain combat l’ignorance par la connaissance, l’égoïsme par le service, la division par la fraternité, la peur par la confiance et l’injustice par l’action droite.

Il ne cherche pas la domination mais l’équilibre.

Il ne cherche pas le pouvoir mais la maîtrise de lui-même.

Il ne cherche pas les honneurs mais l’accomplissement du devoir.


L’héritage vivant du Temple

Notre rôle n’est pas de reconstituer le passé, mais d’en honorer l’héritage vivant : celui des chercheurs de sens et de vérité, qui œuvrent pour la paix, la connaissance et la justice.

Le Templier authentique comprend que l’histoire est une source d’inspiration, mais qu’elle ne doit jamais devenir une prison.

Il respecte ceux qui l’ont précédé.

Il étudie leur exemple.

Il s’efforce d’en comprendre l’esprit.

Mais il sait aussi que chaque époque appelle sa propre manière de servir.

Être Templier aujourd’hui ne consiste donc pas à reproduire les gestes du passé. Cela consiste à faire vivre dans le présent les principes intemporels qui animèrent les premiers chevaliers.

Ces principes sont simples dans leur formulation mais exigeants dans leur mise en œuvre :

  • la fidélité à la parole donnée ;
  • le respect de la vérité ;
  • la recherche de la justice ;
  • le sens du devoir ;
  • la protection des plus faibles ;
  • le service désintéressé ;
  • la maîtrise de soi ;
  • la fraternité ;
  • la bienveillance.

Ces vertus ne sont pas des idées abstraites. Elles constituent la matière même à partir de laquelle se construit le Temple intérieur.


Les Neuf Colonnes du Temple

Dans notre Ordre, cette construction intérieure repose sur neuf colonnes fondamentales.

Confiance, Fraternité, Loyauté, Justice, Force morale, Prudence, Vision, Équilibre et Bienveillance.

Les neuf colonnes inscrites dans nos statuts sont les neuf vertus qui soutiennent la Maison. Ces neuf vertus sont les neuf pierres vivantes du Temple intérieur. Sans elles, la structure s’effondre ; avec elles, l’Ordre demeure inébranlable. La neuvième, la Bienveillance, en est la couronne : elle unit toutes les autres dans la clarté du cœur et dans la paix du service.

Ainsi, lorsqu’un homme entre sur la voie templière, il ne reçoit pas simplement un enseignement.

Il entreprend une œuvre.

Cette œuvre est celle de sa propre transformation.

Chaque vertu devient une pierre à tailler.

Chaque épreuve devient un outil.

Chaque erreur devient un enseignement.

Chaque victoire sur soi-même devient une nouvelle pierre posée dans l’édifice intérieur.


Le Temple véritable

Au fil du temps, le Chevalier découvre que le Temple qu’il cherche n’est pas uniquement celui de Jérusalem, ni celui des récits historiques. Le Temple véritable est vivant. Il existe au cœur même de l’être humain.

Les anciens bâtissaient des cathédrales de pierre ; le Templier, lui, bâtit une cathédrale intérieure. Chaque pensée juste en constitue une pierre, chaque acte de service une colonne, chaque victoire sur l’orgueil une voûte, et chaque geste de bienveillance une lumière.

Peu à peu, le Temple cesse d’être un lieu extérieur pour devenir un état de conscience. Alors le Chevalier comprend que la quête ne consistait pas à chercher quelque chose hors de lui-même, mais à révéler ce qui était déjà présent au plus profond de son être.

Conclusion

Qu’est-ce qu’un Templier ?

Un Templier est un homme ou une femme qui choisit librement de marcher sur une voie de transformation intérieure. Il cherche la vérité sans prétendre la posséder, sert sans rechercher la récompense et agit avec justice sans céder à la dureté. Il développe sa force sans nourrir l’orgueil, avance avec prudence sans sombrer dans la peur, demeure fidèle à sa parole et construit la paix autour de lui.

Par ce travail constant sur lui-même, il devient progressivement une pierre vivante du Temple. Être Templier n’est pas un titre, mais une responsabilité. Ce n’est pas un héritage reçu, mais une œuvre à accomplir.

Et cette œuvre commence toujours par une même question :

« Qui suis-je lorsque personne ne me regarde ? »


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