
Toute tradition possède une origine.
Toute fraternité possède un commencement.
Toute œuvre possède une première pierre.
L’histoire du Temple commence au début du XIIe siècle, dans une Terre Sainte redevenue accessible aux pèlerins d’Occident mais dont les routes demeurent dangereuses et incertaines.
C’est dans ce contexte qu’apparaît l’une des plus remarquables fraternités de l’histoire médiévale.
En 1119, Hugues de Payns, chevalier champenois, avec Godefroy de Saint-Omer et sept compagnons, fonde une fraternité vouée à servir et protéger les pèlerins en Terre Sainte.
Le roi Baudouin II de Jérusalem leur accorde résidence sur l’esplanade de l’ancien Temple de Salomon.
Ainsi naissent les « Pauvres Chevaliers du Temple ».
Cette origine historique constitue le socle incontesté de toute réflexion sérieuse sur le Temple.
Avant les légendes.
Avant les interprétations.
Avant les récits symboliques qui accompagneront plus tard la mémoire templière.
Il y eut d’abord quelques hommes réunis autour d’une mission simple et exigeante : servir et protéger.
Cette simplicité apparente mérite d’être méditée.
Car les grandes œuvres naissent rarement dans le bruit.
Elles naissent souvent dans la discrétion, la fidélité et la persévérance.
Les premiers Templiers ne fondent ni un royaume, ni une école philosophique, ni une société de savants.
Ils répondent à un besoin concret.
Protéger ceux qui traversent les chemins de Terre Sainte.
Mais l’histoire montre parfois qu’une œuvre pratique peut devenir le support d’une destinée plus vaste.
Quelques années plus tard, en 1128-1129, l’Ordre est reconnu au Concile de Troyes, sous l’autorité du pape Honorius II et avec l’appui de Bernard de Clairvaux.
Cette reconnaissance marque une étape décisive.
La petite fraternité devient un Ordre reconnu.
Une règle lui est donnée.
Une organisation se met en place.
Une mission reçoit désormais un cadre durable.
Bernard de Clairvaux joue dans cette histoire un rôle fondamental.
Dans De laude novae militiae, il présente une nouvelle chevalerie.
Une chevalerie de discipline.
Une chevalerie de service.
Une chevalerie de recherche de sens.
Ces quelques mots résument à eux seuls une grande partie de l’idéal templier.
La discipline n’est pas la contrainte pour elle-même.
Elle est la capacité à ordonner sa vie autour d’un but.
Le service n’est pas l’abaissement.
Il est l’expression la plus élevée de la responsabilité.
La recherche de sens n’est pas une fuite hors du monde.
Elle est la volonté de comprendre pourquoi l’on agit et au nom de quoi l’on s’engage.
Cette nouvelle chevalerie apparaît dans une époque où l’Occident cherche de nouveaux équilibres entre la force et la foi, entre l’action et la contemplation, entre la protection des faibles et l’exercice du pouvoir.
Le Temple devient alors bien davantage qu’une institution militaire.
Il devient un symbole.
Le symbole d’un homme qui met sa force au service d’une cause plus grande que lui-même.
Le symbole d’une fraternité qui place le devoir avant l’intérêt personnel.
Le symbole d’un engagement librement choisi et librement assumé.
C’est cet esprit qui demeure aujourd’hui au cœur de notre réflexion.
L’Ordre Sacré des Neuf Templiers de Jérusalem revendique l’héritage templier, mais non dans sa dimension strictement militaire et monastique qui fut celle du Moyen Âge.
Nous nous rattachons à l’idéal originel des premiers chevaliers :
une chevalerie de service,
une chevalerie de quête,
une chevalerie d’étude.
Une chevalerie créatrice d’un modèle nouveau qui inspira toute la chevalerie ultérieure.
L’histoire nous enseigne que les institutions naissent, évoluent puis disparaissent.
Mais certains principes leur survivent.
La fidélité.
La fraternité.
Le courage.
La responsabilité.
Le service.
Ces valeurs traversent les siècles parce qu’elles répondent à quelque chose de permanent dans la nature humaine.
C’est pourquoi notre démarche ne consiste pas à reproduire le passé.
Elle consiste à le comprendre.
Elle consiste à distinguer ce qui appartient à l’histoire de ce qui appartient à la mémoire.
Elle consiste à recevoir un héritage pour le transmettre à notre tour.
Les premiers Templiers furent des serviteurs, des protecteurs et des hommes d’engagement.
C’est ainsi que commence leur histoire.
Et c’est ainsi que commence la nôtre.
Car avant les symboles, avant les nombres, avant les traditions qui se développeront autour du Temple, il y eut simplement quelques hommes réunis autour d’une mission.
Servir.
Protéger.
Persévérer.
C’est de cette première pierre que tout le reste est né.

© Romain Miternique – Tous droits réservés
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